Odile et Jacques

Odile et Jacques
Odile et Jacques

vendredi 21 avril 2017

Du mardi 18 avril au mercredi 19 avril 2017 : CAYMAN BRAC (CAYMAN ISLANDS, ROYAUME-UNI) – CAYO LARGO (CUBA) (172M)

On a dû attendre ce matin pour faire les formalités car le lundi de Pâques est férié ; quelques soucis pour fixer le moteur, mais annexe remontée, dégonflée, pliée et fixée sur le pont en un quart d’heure.

Nous sommes prêts à partir vers Cuba, notre dernière destination avant la route du retour.








Soleil en berne, entouré d’un halo lumineux










Bon vent (travers, force 4 à 5, mer peu agitée), on avance bien et on recharge doucement les batteries.
Un cargo passe devant nous, sans AIS ! Un voilier traverse vers Grand Cayman.
Le vent faiblit en fin d’après-midi et remonte en début de nuit ; à 21 heures, on prend deux ris, à deux heures du matin, on enroule presque tout le génois (grand largue, force 6, mer agitée). Plus d’un demi-nœud de courant contraire, on n’avance pas très vite.
Le pilote disjoncte, toujours dur de récupérer le bateau la nuit avec un tel vent...
La visibilité est mauvaise, la lune ne perce pas la couche nuageuse ; rien à l’AIS non plus.
Même temps jusqu’à l’arrivée ; avec la houle, la cuvette des WC déborde bien que les vannes soient fermées et le café se renverse dans les fonds...
Traversée plus rapide que prévu vers Cayo Largo, un îlot du Sud de Cuba, on arrive vers midi et demi après avoir mangé nos restes de jambon cru et de pizza ; chenal balisé et dragué entre coraux et bancs de sable, de nombreux oiseaux dans la mangrove. Amarrage dans la petite marina Cayo Largo del Sur (28 CUC) où le soir, se retrouvent les catamarans de charter, aussi bruyants que les oiseaux.

La Guarda Frontera vient chercher papiers du bateau et passeports.
On doit rester à bord en attendant les services sanitaires. Ils arrivent à deux, le médecin-chef pose sa blouse blanche sur ses genoux et dicte à l’apprentie comment remplir l’imprimé ; pas de questions, il nous prend la température à distance, tout va bien !
La Guarda Frontera revient en force : le premier descend dans le bateau avec son chien, tout fou qui fait des glissades sur les planchers, il renifle par-ci, par-là avant de sauter sur l’escalier pour sortir ! Le deuxième descend avec moi, et me demande de lui ouvrir les placards, vêtements, livres, vaisselle... Le troisième fait remplir à Jacques dix imprimés en trois exemplaires avec notamment l’inventaire des fruits et légumes à bord. On doit payer 75 CUC chacun pour les passeports et 55 pour la clearance.
Enfin, les services phytosanitaires : le chef descend tâter les légumes, passe sur les bananes et les tomates qu’on devra manger avant de quitter Cayo Largo, mais tique sur les patates douces de Haïti ; elles ont des anfractuosités où pourraient se loger des insectes, il les met dans un sac de plastique qu’il jette dans notre poubelle, elles doivent être incinérées car impropres à la consommation ; il vérifie les boîtes de conserve et les céréales, pose des questions sur les œufs, la viande et le fromage qu’on pourrait avoir à bord, sans ouvrir le frigo où embaume le fromage façon brie qui tourne en camembert ! Le deuxième nous remplit un papier. Ils nous demandent 20 CUC.
Ils nous souhaitent tous la bienvenue à Cuba, nous sommes libres de descendre du bateau.

Pas de nouvelles de Monique et Patrick qui ont dû arriver hier soir à La Havane et doivent prendre aujourd’hui un vol pour Cayo Largo ; espérons qu’ils n’aient pas été interceptés à la douane à cause du matériel qu’ils amènent pour le bateau (drosses de barre et relais pour le guindeau)... En fait, ce sont leurs saucissons qui ont été interceptés, mais les chocolats sont passés au travers des mailles.
Leur avion a décollé avec trois heures de retard, ils arrivent vers 22 heures 30, nous sommes bien contents de les revoir ! Apéritif de retrouvailles et repas avec une purée de patates douces, garantie sans insectes !

CUBA, UN PEU D’HISTOIRE (Guide vert Michelin)

AMÉRINDIENS
Les Indiens de Cuba étaient principalement des Arawaks (Guanahatabeyes, Siboneyes et Taïnos) à l’arrivée de Christophe Colomb en 1492.

LA COLONISATION ESPAGNOLE
En 1511, Diego Velasquez de Cuellar a pour mission de coloniser Cuba ; les Espagnols mènent une politique d’élimination des Indiens et les réduisent en esclavage, ce que dénonce Bartolomé de Las Casas. Le cacique Hatuey se révolte et est devenu le symbole de la résistance indienne.
A la fin du XVI°, Cuba devient une plate-forme commerciale entre l’Ancien et le Nouveau Monde, où les navires espagnols font escale ; elle s’enrichit grâce à l’industrie sucrière, au tabac et à l’élevage, et les colons ont massivement recours aux esclaves africains.
Pirates et corsaires font de nombreuses incursions sur l’île et les habitants de Cuba, victimes de pillages, se livrent à la contrebande, contournant ainsi le monopole de la Couronne espagnole.
En 1762, les Anglais occupent La Havane, l’économie cubaine prospère, se tournant vers d’autres marchés, notamment américains ; Cuba profite aussi de la ruine des plantations françaises à Haïti, après la révolte des esclaves menée par Toussaint Louverture.

LES GUERRES INDÉPENDANCE.
Une insatisfaction généralisée
Les cimarrones, esclaves fugitifs, se révoltent, les ouvriers du tabac sont touchés par la mécanisation et les propriétaires créoles ont des conflits d’intérêts avec l’Espagne.
Les loyalistes favorables à la domination espagnole s’opposent aux annexionnistes partisans du rattachement de Cuba aux Etats-Unis.
L’Espagne choisit la voie de la répression et intensifie la pression fiscale.
Trente ans de lutte
En 1868, Carlos Manuel de Cespedes, prend la tête d’une petite armée pour délivrer son pays du joug colonial, c’est le début de la Guerre des Dix ans ; l’esclavage est aboli et il devient président.
Les mambises armés de machettes progressent dans l’île, notamment à Camagüey avec le jeune patriote Ignacio Agramonte. Les indépendantistes n’arrivent pas à s’unir pour compenser l’insuffisance de leurs armes, le pacte de Zanjon marque la fin de la guerre.
Les généraux contestataires s’insurgent contre cette paix « au rabais » et s’exilent ; José Marti crée le Parti révolutionnaire cubain et en 1895 avec Antonio Maceo, ils débarquent à Cuba à la tête des troupes de libération, pour envahir l’ile d’Est en Ouest. Les Espagnols parquent les paysans qui pourraient les soutenir, les rebelles pratiquent la politique de la terre brûlée.
Les États-Unis envoient un cuirassé dans la baie de La Havane, afin de protéger leurs intérêts ; le cuirassé Maine explose, les États-Unis déclarent la guerre à l’Espagne, l’armée coloniale capitule.
Le traité de Paris en 1898, accorde l’indépendance à Cuba... aussitôt placée sous occupation militaire nord-américaine.

HÉGÉMONIE AMÉRICAINE
Des gouvernements fantoches
L’amendement Platt réserve aux États-Unis le droit d’intervenir à tout moment dans les affaires de l’île ; Cuba doit s’y plier pour accéder à son indépendance formelle en 1902.
L’économie est aux mains des États-Unis ; des présidents fantoches et corrompus se succèdent à la tête de l’état.
De révoltes en coups d’états
Le Parti communiste cubain est fondé.
Des grèves éclatent, notamment lors de la crise économique de 1929 ; face au mécontentement, le dictateur Machado riposte par une répression féroce ; il doit démissionner lors de la grève générale de 1933.
Un groupe d’étudiants et de militaires renverse son successeur ; à sa tête Fulgencio Batista qui, en 1952, s’empare du pouvoir par un coup d’Etat ; jusqu’en 1959, cette dictature soutenue par les États-Unis sera le symbole de la corruption, de la mafia, de la défense exclusive des intérêts étrangers et d’une répression sanglante vis à vis des opposants au régime.

LA RÉVOLUTION
La chute de Batista
En 1953, un groupe de jeunes dirigé par Fidel Castro Ruz, tente de s’emparer de la caserne militaire Moncada à Santiago, les représailles sont sanglantes.
A l’issue du procès des survivants, Fidel Castro dans une plaidoirie « l’histoire m’acquittera », expose ses revendications et son programme politique ; il est condamné à 15 ans de travaux forcés sur l’île des Pins (actuellement île de la Jeunesse).
En 1955, sous la pression populaire, Batista amnistie les rebelles qui vont réorganiser leur mouvement : le Mouvement du 26 juillet, M 26, est confié à Frank Pais à Santiago, tandis que Fidel Castro gagne le Mexique pour préparer son futur débarquement à Cuba. Il rencontre un jeune médecin argentin, Ernesto « Che » Guevara qui va se joindre à l’expédition.
En 1956, ils sont 82 à accoster à Playa Las Coloradas, fatigués et retardés par le mauvais temps ; « les barbudos » sont encerclés par les troupes de Batista, mais obtiennent le soutien des paysans et se réfugient dans la Sierra Mestra.
En 1958, les 300 barbudos mettent en échec les 12 000 hommes de Batista ; ils prennent Santa Clara et La Havane, Batista s’enfuit en République Dominicaine.
Le triomphe de la révolution
Fidel Castro devient premier ministre ; une série de réformes vise à l’augmentation des salaires, la baisse des prix des services publics et des loyers, la nationalisation du téléphone, le développement de l’instruction et l’amélioration du système de santé publique.
La première loi de réforme agraire réduit la taille des exploitations et exproprie les grandes entreprises américaines au profit de plus de 100 000 paysans cubains.

LA CRISE CUBANO-AMÉRICAINE
Cuba connait des difficultés économiques ; les États-Unis réduisent leur importation de sucre, aussitôt l’URSS s’engage à acquérir un quota de sucre équivalent et renoue des relations diplomatiques avec Cuba.
Cuba nationalise les raffineries américaines et exproprie les propriétaires dans le domaine sucrier ; les États-Unis décident d’un embargo sur certains produits à destination de Cuba, ce qui a des conséquences désastreuses ; Cuba se tourne alors vers d’autres partenaires économiques, notamment l’URSS.
Une escalade irréversible
De nombreux complots se trament pour renverser Castro ; en 1961, des exilés cubains soutenus par la CIA, débarquent dans la baie des Cochons et sont faits prisonniers.
Le « géant impérialiste » met en place un blocus total de l’île,toujours en vigueur.
En 1962, la crise des missiles a failli faire basculer la planète dans une troisième guerre mondiale : des avions espions américains découvrent des rampes de missiles nucléaires installées en face de la Floride ; Kennedy et Khrouchtchev parviennent à un accord, les fusées sont retirées en échange de la promesse américaine de ne pas envahir l’île.
L’ouverture sur l’étranger
Cuba soutient les révolutions des pays d’Amérique latine et du continent africain, en Angola et en Éthiopie.

A LA RECHERCHE D’UNE NOUVELLE VOIE
La perspective d’une grave crise économique assombrit l’avenir de Cuba ; à bord d’embarcations, 125 000 Cubains quittent l’île pour la Floride.
Castro lance une campagne de répression, « la rectification des erreurs », le général Ochoa Sanchez, héros de la guerre d’Angola est exécuté, s’ensuit une période de purges et d’arrestations.
En 1990, la dislocation du bloc socialiste plonge Cuba dans une économie de survie, le marché noir bat son plein, c’est la « période spéciale en temps de paix ».
Le gouvernement s’engage dans une voie plus libérale, il encourage les initiatives économiques et la possession de dollars n’est plus considérée comme un délit.
35 000 Cubains, les balseros, tentent de rejoindre la Floride en radeaux, certains sont refoulés par les garde-côtes américains et enfermés sur la base de Guantanamo.
Cuba trouve un allié en la personne d’Hugo Chavez, le président du Venezuela ; Caracas fournit à La Havane du pétrole à bas coût en échange de l’envoi de milliers de médecins cubains. L’île bénéficie aussi d’importants investissements chinois.
Les relations avec les États-Unis s’assouplissent sous la présidence de Clinton et Carter, et se rigidifient sous celle de Bush ; en 2015, Barack Obama et Raul Castro posent les bases d’une levée de l’embargo économique. 
Fidel Castro vient de mourir, Trump vient d’être élu...

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